MaliKonokow.com

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En 2017, l’Église malienne était accusée d’évasion fiscale et de détenir des comptes bien remplis en Suisse et ailleurs. Depuis ces révélations, Monseigneur Jean Zerbo évitait religieusement la presse. Quelques semaines plus tard, il devenait le premier Malien de l’histoire créé Cardinal, le dixième Africain. L’occasion était belle pour s’exprimer. Il n’en fit rien, des déclarations circonstanciées mises à part. Pour Journal du Mali, il a accepté de sortir de son mutisme. C’est dans ses appartements privés, au milieu des portraits du jour de sa consécration, qu’il nous reçoit, en prenant le soin de s’asseoir juste en dessous du portrait de Monseigneur Luc Auguste Sangaré, son mentor, un homme pour lequel il a le plus grand respect. À 75 ans, le cardinal se dit en mission pour un Mali retrouvé, un « Mali qui retombe sur ses jambes et non sur son cou ».

Le 28 juin 2017, vous êtes devenu le premier Malien créé Cardinal. Comment l’avez-vécu ?

Ca a été une grande surprise pour moi. Ce jour-là je me trouvais à Faladiè pour une cérémonie qu’on appelle la confirmation. Moi mis à part, tout le monde semblait être au courant de la nouvelle. Ils me regardaient donc d’une certaine façon et j’en cherchais la raison. Une sœur est venue me voir avec un téléphone, me disant que le Secrétaire de la Conférence épiscopale voulait me parler. J’ai pensé que c’était pour la nomination de l’évêque de Mopti. Celui qui occupait cette fonction était décédé en 2016, je m’attendais donc à ce que l’on parle de cela. Il m’a vite fait savoir que ce n’était pas pour cela, avant de m’apprendre que j’avais été retenu pour être créé Cardinal. Je l’ai pris avec beaucoup d’humilité. Qu’ai-je fait pour mériter cet honneur ? Je n’en sais rien.

Le Mali est dans une période difficile. Qu’un ressortissant de ce pays ait été choisi comme une ressource pouvant aider l’humanité… Pour servir à relever la réputation du Mali, de ma famille, de la communauté chrétienne, j’ai accepté cette fonction avec humilité.

Votre mission a-t-elle évolué ?

Les problèmes qui concernent la communauté chrétienne du Mali, et même la communauté humaine en général, nous les portons. Nous le faisons à deux niveaux. Nous devons tout d’abord nous poser en sentinelles, en veilleurs. La sentinelle doit scruter, relever, tous les signes. Faire le tri entre ceux qui pourront causer préjudice par la suite et ceux qui ne sont que des bruits. Le leader religieux doit d’abord être une sentinelle. Ensuite, il faut être un intercesseur. À deux niveaux également, entre les humains tout d’abord. Cultiver le vivre ensemble entre les parents et les enfants, entre les époux, au sein du service, sur le plan politique. Partout où se trouvent les humains naissent des conflits, mais le plus important est de les aider à faire le dépassement et à se comprendre.

En second lieu, il faut prier. C’est pourquoi il est demandé aux religieux d’être des personnes recueillies, afin qu’ils puissent présenter les besoins des humains devant Dieu. Être recueilli d’abord pour soi-même. Quand on est leader religieux, les gens peuvent vous rendre orgueilleux. Chacun de nous se connait. Plus tu t’approches de Dieu et plus tu te rends compte que tu es un pêcheur. Nous avons des religieux qui, parce qu’ils ont adulés, deviennent de petits dieux. Cela ne se devrait pas. À ce moment, tu sors de ton rôle et tu deviens une idole. Une fois, une personne m’a dit que j’étais son idole. Je lui ai répondu que non, car une personne qui croit en une idole n’est pas un croyant. Il a par la suite précisé le sens dans lequel il avait employé le mot, mais je souhaitais lui montrer que je n’étais qu’un homme simple. Je peux poser un acte qui lui plaira aujourd’hui et demain en poser un autre avec lequel il sera en total désaccord.

Avez-vous des responsabilités au sein du Vatican ?

Être créé Cardinal signifie que vous êtes un collaborateur direct du Pape. Une de nos tâches est de participer à l’élection du nouveau Pape. Dès ma nomination a été créé un ministère spécial chargé de la Famille. Je suis dans ce dicastère.

Quels sont les problèmes de la communauté chrétienne du Mali ?

Toute communauté doit miser sur sa jeunesse. Au point que le Pape a tenu une grande réunion en 2018, où étaient rassemblés les délégués des jeunes à travers le monde. Une des préoccupations de notre pays est sa jeunesse. C’est une chance, mais également un défi. Faute de pouvoir être absorbée par le gouvernement, cette jeunesse se résout à emprunter la route du désert, à tenter l’aventure, et ce avec toutes les conséquences que nous connaissons. C’est un grand défi que toute Église doit gérer avec la société. Nous faisons face également à l’équation de la famille. Nous entendons des histoires qui convergent vers la fragilité actuelle des foyers. Et quand la famille n’est plus solide dans une société, cette dernière va à sa perte.

Chacun de nous, à un moment de notre vie, connait des crises. Mais ces crises passagères ne nous définissent pas. Il n’est pas rare de voir une personne que l’on croyait irrécupérable changer pour le mieux quelques années plus tard. Donc cette crise de la jeunesse ne doit pas nous effrayer, elle devrait nous appeler à davantage de responsabilité. Et cela commence au sein de la famille. C’est pourquoi, tous les samedis, je dis une messe pour les familles. Je me suis pour cela inspiré du chant d’Amadou et Mariam « Les dimanches à Bamako, c’est le jour des mariages ». Que d’accidents ces jours-là! Les jeunes qui font les fous sur des motos ou avec des voitures, des gens excédés qui les maudissent. A contrario, nous faisons des bénédictions. Que Dieu bénisse le foyer de ceux qui se marient. Que, dans les familles où les choses vont bien, cela puisse continuer, que dans les familles dans lesquelles il y a des crises, il y en a partout, les membres arrivent à s’entendre. Les jeunes qui n’arrivent pas à se décider, que le Seigneur les conduise vers le partenaire adéquat. Et les autres, ceux qui ne veulent pas se marier, qu’ils sachent que dans l’Église, il y a les prêtres et les religieuses, qui restent célibataires, se consacrent à Dieu et prient pour les familles.

Le rôle d’un leader religieux est très important, notamment en période de crise. Quelle approche prônez-vous afin d’aider le pays à se relever ?

C’est au moment des crises que nous devons, particulièrement la jeunesse, montrer notre capacité de résilience. Nous ne pouvons baisser les bras et tenir des discours abattus. Moi, je m’engage afin que l’on puisse sauver la situation et j’accepte ma nomination comme une mission à mener dans ce sens. Comment y arriver ? Je l’ai évoqué plus haut, en étant une sentinelle.

Mais je ne puis le faire seul. C’est pourquoi que les leaders religieux doivent travailler de concert. Cette mission, nous l’avons hérité de nos ainés, Mgr Luc Sangaré, Balla Kallé et Oumar Ly. C’étaient les trois, quand j’étais jeune évêque, que j’admirais. Ce sont eux qui, quand ça n’allait pas au Mali, allaient voir le Président de la République. Ils ne sont plus là. Nous sommes donc investis de cette mission et je compte bien la mener je suis. Je ne veux pas égaler personne, je veux simplement faire avec ce que je suis. Sans compter que les temps ont changé. À l’époque, tout le monde ne pouvait pas parler, mais aujourd’hui nous sommes en démocratie, l’expression est plus libre. J’ai suivi la tournée d’Ousmane Chérif Haidara (en janvier et février), je l’ai écouté. Son discours est un discours de tailleur. Pas celui qui coupe et jette. Mais le tailleur avec l’aiguille et les fils. Ça fait mal, mais quand il a fini de raccommoder, ça guérit. Il tient un discours fédérateur. Les religions ne sont pas là pour mettre les gens dos à dos. Fédérer, c’est ce qui sauvera ce pays, et non tirer à boulets rouges sur les autres. Aimer son prochain comme Dieu le demande, car le seul jugement est celui de Dieu. Nous n’avons pas de leçons à lui donner, nous devons plutôt avec humilité recevoir les siennes. Et les médias doivent nous aider en faisant des analyses non partisanes des situations. Ce n’est pas le cas pour l’heure. Beaucoup nous disent de nous méfier des journalistes. Je me méfie, mais j’ai confiance.

Après la présidentielle de 2018, vous avez entrepris, avec d’autres chefs religieux, de concilier les positions des leaders politiques. Alors que d’habitude vous vous faites discret…

J’étais ici au moment du coup d’État de 1991. Le jour de l’arrestation de Moussa Traoré la ville était au bord de l’implosion. J’étais chez mon frère quand j’ai reçu un coup de téléphone disant que Moussa avait été arrêté. Aussitôt nous avons entendu des coups de feu. Il y a eu des tueries qui m’ont laissé sans voix. Ça m’a fait mal. Notre démocratie a été acquise sur de nombreux péchés, puissions-nous les expier. Ce jour-là, ce sont nos enfants qui ont été les martyrs et c’est terrible. Quand j’y repense, j’ai mal. Qui était responsable ? Moussa Traoré ou les acteurs du mouvement démocratique ? Qui a utilisé les enfants comme boucliers ? En général, quand ça chauffe, c’est au chef de famille d’aller s’enquérir de la situation. C’est ma réflexion personnelle. J’ai 75 ans passé, mais je me dois de pousser cette réflexion, afin que ce qui s’est passé en 1991 ne se répète plus jamais dans notre pays. Jamais !

Si nous sommes obligés de sacrifier nos enfants pour la démocratie ou je ne sais quelle dénomination politique, c’est comme si nous nous crevions un œil afin que notre voisin devienne aveugle (Banyengo). Je parle avec mon cœur.

L’URD m’a envoyé les conclusions de son congrès. Elles disaient : « nous ne partirons plus en guerre, nous pensons que ce serait irresponsable de tenter un coup de force. Nous déplorons la manière dont les élections se sont passées, mais nous assumons ». J’ai relevé cette partie et j’ai dit au Président de l’URD que je partageais ce point de vue. Ça nous évitera une crise postélectorale qui ne nous mènera nulle part. Nous devons changer les ressentiments en amour et en sacrifice pour ce pays. Nous serons jugés sur la manière dont nous gérons cette crise. Il nous faut nous atteler à ce que l’histoire qui en sera contée ne soit pas une tragédie.

Vous avez vécu plusieurs évolutions du Mali. Quel est votre regard sur le pays aujourd’hui ?

En dépit de tout ce qui se dit, je reste optimiste. L’unité nationale doit être préservée. C’est d’ailleurs au nom de cette unité que nous devons mettre de côté nos différends. Des personnels de certaines ambassades sont venus me voir afin que nous explorions l’idée d’imiter la Suisse. Je leur ai opposé un non ferme. « Vous avez votre modèle, ne venez pas nous l’imposer. Respectez notre choix. C’est ce qui avait été décidé au moment de l’indépendance. Nous sommes des partisans de Modibo Keita. C’était un grand homme. Chaque année, le 22 septembre était consacré jour de la rentrée scolaire pour tous les établissements. Il rassemblait tout le monde ce jour-là et tenait des discours marquants. Il disait : « nous avons pris un risque, un grand. Ce risque c’est l’indépendance. Nous n’avons rien, mais nous avons tout ».  Nous nous demandions tous ce qu’il voulait dire. Après, il précisait : « ce tout, c’est vous, en regardant chacun de nous et en nous montrant du doigt. « Retournez dans vos établissements, étudiez et revenez construire ce pays. Nous avons pris le risque de l’indépendance pour vous ». Tu sortais de là en ayant l’impression que ta vie avait un sens. Mais aujourd’hui nous avons oublié toutes ces valeurs. À notre époque, quand nous finissions, nous étions aussitôt pris dans la fonction publique. Mais sachez que l’année de mon baccalauréat nous étions 13 à le passer, toutes séries confondues. Les chiffres ont explosé depuis. Il fallait préparer les gens à l’auto-emploi car le gouvernement ne pourra jamais absorber tous ceux qui passent par l’école malienne. Et, tant que la jeunesse ne sera pas convaincue de s’engager sur cette voie, aucune révolution ne nous fera sortir de l’ornière. Le Mali doit s’assumer et nous devons accepter cette montée de la jeunesse et la préparer à faire face.

Vous vous dites confiant. Pourtant ce sont les acteurs du mouvement démocratique qui sont aujourd’hui les leaders du pays ?

La meilleure des révolutions est celle qui construit, non celle qui brûle. À chaque rencontre que j’ai avec eux, je leur dis sans ambages qu’ils se sont battus ensemble contre Moussa Traoré et pour l’avènement de la démocratie. « Et, aujourd’hui, vous ne pouvez plus vous sentir. C’est inconcevable. Moussa est toujours en vie, il sera le plus heureux de voir que ceux qui l’ont combattu se font face. C’est malheureux ». En les écoutant, ils affirment tous faire pour le Mali, pour le peuple. Mais ce qui intéresse le peuple, c’est de pouvoir se nourrir, se loger, en soi de pouvoir vivre. Les querelles politiques ne sont pas ce qui les intéresse. Mais, je le répète, j’ai confiance, en notre jeunesse notamment. Faites mieux que nous, construisez, je les exhorte. J’en suis persuadé, ce pays retombera sur ses jambes et non sur son cou.

Cet article Cardinal Jean Zerbo : « La meilleure des révolutions est celle qui construit, non celle qui brûle » est apparu en premier sur Journal du Mali.

À moins d’une semaine du sommet de Pau entre le Président français et les Chefs d’État du G5 Sahel, Baba Dakono, chercheur à l’Institut d’études et de sécurité (ISS) nous livre son analyse.

Le sommet de Pau se tiendra ce 13 janvier. Initialement prévu pour le 16 décembre 2019. Qu’est-ce qui a changé entre les deux dates ?

C’est surtout l’attaque d’Inates, au Niger, qui a fait plusieurs dizaines de morts. Parallèlement à cet incident malheureux, il y a des discours, au Mali et au Burkina, qui sont dans le collimateur des autorités françaises, vu la montée d’un sentiment antipolitique française. Il y a eu le temps des échanges et le renforcement de la coopération entre Barkhane et les militaires des différents pays. On le voit notamment à travers le nombre de fois où ces autorités ont affirmé avoir neutralisé des terroristes. Il y a donc véritablement une intensification de la campagne militaire.

Doit-on craindre une attaque d’envergure avant le sommet ?

La stratégie des groupes terroristes n’a pas changé, mais elle a évolué. Il y a quelques mois, les cibles n’étaient pas que militaires. Vers la fin du dernier trimestre 2019, on a assisté à une intensification des attaques contre des cibles militaires. Ce qui a eu l’avantage de retourner l’opinion nationale contre les interventions étrangères. Ce qu’il ne faut pas perdre de vue est que pour l’opinion la France est et demeure une puissance militaire et que si elle le voulait elle peut mettre fin à cette insécurité, caractérisée par l’activisme des groupes qualifiés de terroristes.

Qu’attendre du sommet ?

On peut s’attendre à beaucoup de choses, mais il est important de replacer cette réunion dans son contexte français. Nous avons un Président qui était au plus bas dans l’opinion et qui a subi de nombreux revers militaires, notamment les 13 soldats tombés récemment au Sahel. Le Président Macron avait besoin de se replacer, nous sommes à l’avant-veille de l’élection présidentielle. Il faut prendre en compte ces pressions et celles des acteurs sécuritaires qui sont engagés au Mali. Ce qui a changé dans le discours de la France, c’est d’admettre qu’il y a un besoin de clarification des deux côtés. Elle a besoin de l’assurance que les acteurs politiques, au premier rang desquels les Chefs d’État, sont engagés dans cette lutte commune et en faveur d’une présence française. Du côté africain, l’engagement français doit être plus important mais également faire face efficacement à l’insécurité. Cet appui ne doit plus être pensé à partir de l’Élysée, mais décidé et opéré dans le cadre d’une vision sahélo-sahélienne.

Cet article Baba Dakono : « Pour l’opinion, la France est et demeure une puissance militaire » est apparu en premier sur Journal du Mali.

Il est le PDG du groupe Kledu. Affirmer que Mamadou Sinsy Coulibaly est très connu serait un euphémisme. Également Président du Conseil national du patronat malien (CNPM) depuis 2015, c’est entre plusieurs rendez-vous très matinaux que le « Patron des patrons » nous a reçus dans ses bureaux, au Quartier du fleuve. Avec la lutte contre la corruption, dont il est présenté comme l’un des porte-voix, au cœur de l’entretien, outre la politique et le secteur privé.

Vous avez en mars 2019 accusé Nouhoum Tapily, alors Président de la Cour suprême, d’être le fonctionnaire le plus corrompu, avant, deux mois plus tard, d’accepter semble-t-il une réconciliation conduite par le RECOTRADE. Pourquoi ce revirement ?

Quel revirement ai-je eu à faire ? Je vous retourne la question.

Vous vous seriez réconciliés après cette médiation du RECOTRADE ?

C’est ce que certains pensent. Je n’ai jamais serré la main de Tapily, je ne me suis jamais assis à côté de lui depuis que j’ai entamé la lutte contre la corruption au Mali. Je ne l’ai jamais rencontré, nous n’avons jamais parlé, à plus forte raison nous faire des accolades. Personne ne peut témoigner de cela. Je n’ai même pas envie de le voir en peinture. Je ne lui présenterai jamais des excuses, cela n’arrivera jamais.

Vous dites détenir une liste de fonctionnaires corrompus. Pourquoi n’avoir divulgué que le nom de Tapily publiquement ?

Quand j’ai donné le nom de Tapily, les gens qui se demandent « pourquoi pas les autres ? », où étaient-ils, qu’ont-ils fait ? Ce n’est pas du théâtre. Ce n’est pas divulguer non plus des noms comme si j’étais en campagne électorale. Pour moi, il y a plus de 200 fonctionnaires qui sont parmi les plus dangereux de la République du Mali. Ces 200 personnes, nous allons les traduire en justice. Pour chacune de ces personnes, vous pourrez trouver de 10 à 20 autres impliquées dans les mêmes affaires. Une seule personne ne fait pas les forfaitures, elle a des complices. Il faut les dénicher pour les traduire devant la justice. Je ne fais pas que dénoncer. Cela n’a aucun sens. Si je dénonce, je dois aller jusqu’au bout. Montrer au peuple malien que j’ai dénoncé cette personne et que la justice l’a condamné parce qu’il a été corrompu.

Avez-vous transmis votre liste à la justice ?

On ne transmet pas une liste à la justice. Ce sont mes convictions personnelles, ce sont des choses pour lesquelles j’ai mes preuves. Au fur et à mesure, nous les traduirons un à un en justice. Les autres ont leurs méthodes, j’ai la mienne. Une démocratie naissante doit s’articuler autour d’une justice forte et souveraine, sinon nous n’avancerons pas. Les politiques ont échoué lamentablement. La classe politique n’est plus à la hauteur, la société civile a démissionné. Il faut que les gens comprennent que c’est au plus haut niveau de la magistrature qu’il faut construire la nouvelle société malienne, en donnant la souveraineté aux magistrats. Je ne parle pas d’indépendance, mais de souveraineté du magistrat. Il doit être exemplaire, avoir une morale irréprochable. La morale même est au-dessus de la loi. Ce sont des personnes comme cela que nous voulons à la tête de nos structures. Que cela soit la Cour suprême, les Procureurs de la République ou les Présidents des tribunaux, tous doivent être vertueux et souverains, et non indépendants. La société malienne en a besoin et le secteur privé aussi. Pour que demain le système d’insécurité juridico-judiciaire disparaisse. Parce que nos entreprises ne sont ni sécurisées, ni protégées. Nos investissements partent en lambeaux à cause des mauvaises décisions de la magistrature. Des juges qui prennent de mauvais arrêts contre nos entreprises, contre nos chefs d’entreprises. Cela doit cesser.

Était-ce donc personnel que de divulguer le nom de Tapily ?

Je l’ai dit. Je ne l’ai jamais rencontré de ma vie. Je ne l’ai jamais eu en face, lui-même l’a dit. Cela ne saurait donc être personnel.

Cette lutte contre la corruption est menée par Plateforme de lutte contre la corruption et le chômage (PCC). Est-ce vous qui avez mandaté son Président, le Pr Clément Dembélé ?

C’est un garçon mature. Je ne peux pas le mandater. C’est sa conviction personnelle. Nous nous sommes donné la main.

Depuis plusieurs années, vous dénoncez la corruption. Pourquoi avoir choisi maintenant de donner forme à votre lutte ?

Nous en étions arrivés à un point où soit nous faisions cela soit nous disparaissions. Cela s’est institutionnalisé. Rien ne bouge dans le pays, personne ne nous fait plus confiance. Parmi les partenaires techniques du Mali, personne ne se bouscule. Ces cinq dernières années, il n’y a pas eu de nouveaux financements de la part des Chinois. Les investisseurs ne reviendront pas dans notre pays tant que nous n’arriverons pas à lutter efficacement contre la corruption. Les Allemands sont partis, on se bat pour que les Français restent, mais c’est timide. L’aide au développement ne sert à rien, nous devons attirer les investisseurs privés. Sans investissements, il n’y a pas de travail, pas d’emplois. Sans investissements, le Mali n’est pas visible. Nous n’avons pas tous les majors de l’économie mondiale, nous n’en avons qu’un seul dans notre pays. Pourquoi ? À cause de l’insécurité juridico-judicaire qui plane au-dessus de nos entreprises. Cela doit cesser rapidement, sinon cette lutte contre la corruption prendra un autre visage. Ce sera un refus total de la population, pour faire face aux bandits qui rackettent nos entreprises, qui sont en train de mettre le pays en péril. Tout le monde doit lutter contre la corruption. Je ne dis pas d’adhérer à mes idées, à ma façon de faire. La lutte contre la corruption est globale et multiforme, chacun a sa manière de faire pour aboutir. Et, pour cela, chaque citoyen doit s’y mettre, quel que soit son rang social, sa situation financière. Tout le monde doit joueur son rôle pour que le Mali devienne un endroit où il fait bon vivre.

Vous évoquez l’insécurité juridico-judicaire, mais il y a aussi l’insécurité tout court…

Ce n’est rien d’autre que de l’insécurité économique. Cela fait combien d’années que nous luttons contre l’insécurité? Cela n’aboutira pas tant que le maximum de Maliens sera exclu du système économique. Il faut que l’économie se mette en marche et l’insécurité disparaitra d’elle-même.

Quelle appréciation faites-vous de la lutte contre la corruption enclenchée depuis quelques semaines, par le Pôle économique et le ministère de la Justice notamment ?

Je trouve qu’ils font du bon travail. Ils ont osé arrêter des personnes qui pratiquaient la corruption. Ils ont fait un travail technique de vrais enquêteurs. C’est le lieu de saluer le Procureur du Pôle économique et de dire au ministre de la Justice qu’il fait preuve de courage. Qu’ils continuent ainsi. Je demande aussi aux Maliens, aux chefs d’entreprises, aux PTF, de soutenir ces deux Messieurs, qui ont eu le courage d’aller sur le front de la lutte contre la corruption. Il faut les soutenir, ainsi que tous les magistrats courageux du Mali. Sans eux, nous n’avancerons pas. Il faut des magistrats vertueux pour construire notre économie. Ce ne sont pas les autres qui viendront le faire, ce sont les bonnes décisions de justice qui vont attirer les investisseurs. J’aimerais également que les jeunes magistrats soient à la hauteur de ce qu’on leur demande : empêcher l’exclusion d’un certain nombre de Maliens. Cela ne dépend ni des politiques, ni de leurs décisions. La solution viendra du secteur privé et du fait qu’il soit protégé par la magistrature. Ce sont les deux qui doivent faire l’économie, avec la société civile comme arbitre. Tant que nous n’arriverons pas à cela, le pays ne décollera pas et ne retrouvera pas la paix.

Certaines des personnes appréhendées font-elles partie de votre liste ?

Si vous analysez les plaintes déposées par la Plateforme, vous le verrez. Je travaille en étroite collaboration avec elle, donc forcément certains en font partie.

Vous êtes également très critique à l’égard de la classe politique. À quel moment pensez-vous qu’elle a échoué ?

Depuis le 26 mars 1991. Depuis ce jour-là la classe politique a échoué, elle a donné la main aux militaires. C’est en ce jour fatidique que le Mali a commencé à sombrer. Ces acteurs du 26 mars, politiques et militaires, qui ont fait ce coup d’État, ce sont eux qui sont à la base de tous les problèmes de ce pays. Ce sont eux qui sont à l’origine de la régression de l’économie malienne, qui sont responsables de l’insécurité dans notre pays. Ce sont eux qui amené le djihadisme, parce qu’ils ont échoué lamentablement. Et ce sont eux qui sont toujours là. Ces acteurs du 26 mars, qui se disent démocrates convaincus, sincères, et tant de choses, il faut que le peuple les juge un jour. En tout cas, le secteur privé mettra tout en œuvre pour les juger, les faire venir à la barre afin qu’ils présentent leurs excuses au peuple malien pour l’avoir mis en retard, pour avoir abâtardi la société malienne. Il faut qu’ils le fassent d’eux-mêmes, sinon nous le ferons.

Vous avez déclaré lors d’une récente interview que les entreprises privées sont en concurrence avec les entreprises terroristes. Pouvez-vous précisez votre pensée ?

Je veux simplement dire que le salaire minimum proposé par le secteur privé à la jeunesse malienne dans des entreprises saines est à peu près le même que celui proposé par les terroristes. Cela est dû au déficit de développement. Si demain je peux payer dans mon entreprise un salaire minimum de 100 000 francs CFA et que les autres arrivent également à le faire, il n’y aura plus de terrorisme, ni même de candidats. Parce que ces jeunes cherchent à se sécuriser économiquement. S’ils n’y arrivent pas, ils vont se tourner vers les chefs terroristes. Nous pouvons tous recruter, par exemple pour 50 000 francs CFA, mais eux (les terroristes) le feront tous les jours. Moi ce sera peut-être une fois tous les trois ou quatre mois. Donc, forcément, nous sommes en compétition. Et ils font mieux que moi, parce que je n’ai pas de propositions à faire à cette jeunesse perdue, qui n’a même pas à manger. Si elle trouve une opportunité, elle la saisira, rien que pour entretenir ses parents, parce que c’est aussi cela notre société malienne. Nous devons entretenir nos parents. Mais si demain on met nos entreprises à l’aise, nous serons plus compétitifs. Nous voulons beaucoup investir, mais, pour cela, nos investissements doivent être protégés et cela n’est pas le cas.

Beaucoup de jeunes s’essayent à entrepreneuriat. Selon vous, les conditions sont-elles réunies pour ceux qui veulent se lancer ?

Les conditions ne sont pas réunies. L’insécurité est un premier facteur bloquant. Ensuite, le jeune n’a aucune expérience. Il n’a pas le choix : il n’y a pas d’offres d’emplois pour qu’il puisse acquérir de l’expérience. Avant de créer son entreprise, il faut d’abord travailler, ne serait-ce qu’une année, pour après essayer d’être créatif et innovant et créer son entreprise par la suite. Ils se lancent directement parce qu’ils n’ont pas le choix. Même si aujourd’hui ils ont l’expérience et le capital, ils n’en sont pas moins en insécurité dans leurs investissements. En deuxième lieu, les Maliens ne sont pas de gros consommateurs. Presque 70% des jeunes ne travaillent pas, alors que ce sont des consommateurs potentiels. Nous sommes aujourd’hui dans une économie libérale, où c’est le volume qui fait gagner de l’argent. Nous ne pouvons pas produire en volume dans notre pays, que ce soit dans l’industrie ou les services. Je veux dire qu’il n’y a pas de revenus, ce qui permet à un individu d’acheter pour que l’argent rentre dans les caisses du privé et qu’une partie, notamment en TVA, aille dans les caisses de l’État, ce qui lui permettra d’assurer la réalisation d’infrastructures communes. Tant que l’on ne consomme pas, il n’y a pas de flux financier vers le Trésor public et vers les entreprises.

En tant qu’entrepreneur accompli, avez-vous envisagé de mettre en place un fonds ou un programme pour soutenir les jeunes ?

Il faut des préalables. À l’heure où je vous parle, je ne mettrai pas en place un fonds, parce que la concurrence est biaisée. Elle l’est par la corruption des fonctionnaires, qui se permettent de produire des biens et des services en utilisant les moyens de l’État. Un jeune quel que soit son niveau, quelle que soit sa capacité, ne peut compétir avec un fonctionnaire qui utilise l’espace dédié de l’administration publique et qui ne paye ni taxes ni impôts. C’est impossible. Il faut d’abord asseoir une compétition saine entre les entreprises. C’est très important et c’est le rôle de l’État, qui doit imposer une assiette fiscale à tout le monde. Ce n’est pas parce que je vends deux œufs que je ne dois pas payer d’impôts et que seul celui qui en vend 100 000 le fasse. Non, si vous vendez deux œufs, même si c’est pour un centime, vous devez payer cela à l’État. Je demande à l’État, avec nos PTF, d’élargir l’assiette fiscale et de procéder à la numérisation de tout le système financier du Mali. Cela permettra, j’en suis sûr, à la jeunesse malienne de se développer. Et beaucoup de fonds viendront la soutenir.

Selon certaines informations, BeIn sports accuserait Malivision de diffuser illégalement ses chaines. Qu’en est-il ?

En tant qu’actionnaire de Malivision, je ne souhaite pas répondre à cette question. Que ce soit BeIn Sports, Malivision ou Canal, la concurrence est ouverte. Tout le monde a une autorisation. Mais personne ne viendra faire de l’argent dans notre pays tant qu’il ne payera pas des impôts et des taxes comme tout le monde.

Vous arrivez cette année au terme de votre premier mandat à la tête du Conseil national du patronat du Mali. Quel bilan en tirez-vous?

Je n’ai pas de bilan à tirer, c’est aux autres de dire si ce que j’ai fait était bon ou pas. Je ne me juge pas moi-même. Par contre, je me labellise. Il y a certaines choses que je ne ferais jamais. Aujourd’hui, je le dis, je ne regrette pas mes cinq années à la tête du CNPM, mais c’est aux autres de juger s’ils sont satisfaits de ma vision, de ce que je suis en train de mettre en œuvre. C’est un poste électif. J’ai une satisfaction personnelle, car j’ai réussi à faire la totalité de ce que je voulais lors de ce mandat.

Cet article Mamadou Sinsy Coulibaly : « Les acteurs du 26 mars sont à la base de tous les problèmes de ce pays » est apparu en premier sur Journal du Mali.

La nouvelle de la candidature du Géant de l’agriculture du Mali, Monsieur Bakary Togola, à la prochaine élection législative, a été accueillie avec joie par la majorité des citoyens maliens. Et surtout, quand nous apprenons que c’est le RPM, le Parti au pouvoir, qui l’a choisi comme tête de liste, dans la circonscription électorale de Bougouni, sa région natale.

Nous avions déjà dit que l’emprisonnement du Grand paysan cotonculteur du Mali, n’apporte rien de positif à la Nation, ni au Peuple. Bien au contraire, son arrestation ternit l’image du Mali au delà de ses frontières. Cela, parce que c’est lui, Bakary Togola qui fait la fierté du Mali et de l’Afrique sur le plan de la production du coton dans le monde.

Il cultive à lui seul, environ dix milles hectares de coton. En employant des milliers de maliens. Bakary Togola est un Génie inné ! N’ayant pas fait des études supérieures, mais il maîtrise parfaitement la terre pour la rendre productive.

C’est donc ce grand leader du monde agricole du Mali, qui subit depuis 4 mois, toutes sortes d’humiliations et de tortures morales. Il est fait prisonnier par le procureur du pôle économique du Mali, sur la base d’une dénonciation anonyme. Curieusement, sa simple audition pour l’instruction de son dossier traîne encore. Et pourtant, Bakary Togola a eu le mérite d’être le plus grand producteur du coton dans le monde.

Aujourd’hui, candidat aux législatives, tout le monde est unanime qu’il remportera haut-les-mains la victoire. Il sera élu député de Bougouni. En vérité, il est incontestablement l’homme le plus populaire et aimé de toute la région de Bougouni. D’où la comparaison avec Nelson Mandela. De la prison au pouvoir.

Espérons que les démons soient anéantis par DIEU et que sa candidature ne souffre d’aucune contestation.

Diaba Sora, surnommée la Kim Kardashian du Mali, est née et a grandi au Mali.
 
Elle est Malienne. Après avoir vécu aux Etats-Unis, elle s’installe définitivement au Mali en 2007. A ce sujet, voici d'ailleurs ses propos: 
 
"J’ai vécu pendant 7 ans aux Etats-Unis. Je suis rentrée définitivement en 2007. C’est moi-même qui ai décidé de rentrer en Afrique. Je n’ai pas eu de problème d’immigration du tout."
 
Diaba Sora tient son surnom du fait de sa popularité sur les réseaux sociaux. Elle est devenue célèbre en postant des photos affichant une vie de luxe, ainsi que des photos "semi sensuelles" d'elle, sur la toile.

En ce qui concerne sa vie privée, Diaba Sora a été mariée pendant deux à trois ans environ, selon ses mots. Elle est mère d’une petite fille de cinq ans, qui s'appelle Kadija, qu’elle a eu avec son ex mari.
 

Diaba Sora a quel Âge?

 
L'âge de Diaba Sora suscitant beaucoup de curiosités, la Bimbo Malienne ne répond pas clairement à la question. Mais selon les mots de la Kim Kardashian Malienne,

"Je suis parti aux Etats-Unis en 2000. J’avais à peu près 17 ou 18 ans," on peut déduire que Diaba Sora a, au moins, 36 ans à l'heure actuelle.
 
Véritable phénomène des réseaux sociaux, elle disait ceci en 2017: " Bientôt la marque Diaba Sora  sera disponible en 2018, en cosmétique et vêtements." Mais la marque n’est officiellement pas encore sur le marché.
 
Précisons enfin, que Diaba Sora, vit actuellement à Bamako. Elle compte plusieurs milliers de fans à son actif, sur les réseaux sociaux. Mais elle fait également l’objet de nombreuses critiques.
 

Alors, Comment Diaba Sora surmonte-t-elle Ces Critiques à son endroit?

 
Voici sa réponse:"depuis que j’avais 15 ans ou 14 ans, à l’école quand tu mets juste un rouge à lèvres, on te dit que tu es une "pute".

Ou si tu es belle, tu t’habille bien, les gens disent que tu es une "pute". Donc les blabla sur facebook, je trouve que c’est des personnes aigries".
 
Pour conclure, Diaba Sora a deux soeurs, Moussou Sora, divorcée, mère d’un enfant et Koudeidja Sora, la plus jeune, dit être soutenue financièrement par son mari.


A trois, elles se font appeler "Les Soeurs Kardashian du Mali".
 
Source: dakarinfo.net

De plus en plus de voix s’élèvent contre la présence des soldats français de l’opération Barkhane, malgré le manque d’alternative.

C’est un jardin sans ombre, tout sec et à peu près désert. Le jardin du Cinquantenaire (de l’indépendance du Mali), adossé à la colline présidentielle rocailleuse de Koulouba, surplombe un échangeur. De l’autre côté de la rocade, la vue sur Bamako s’étale jusqu’à se diluer dans un nuage de poussière et de pollution. Le lieu du rendez-vous a été choisi à cause d’un symbole évident : une sculpture éclairée la nuit au néon représentant les contours du territoire national et rappelant sa superficie : 1 241 238 kilomètres carrés. «Le Mali, uni et indivisible, doit être entièrement libéré, attaque notre interlocuteur. Et tant que la France sera là, elle ne le permettra pas.»

Seydou Sidibé, 35 ans, est membre du Groupe des patriotes du Mali (GPM). Lunettes à montures dorées, mocassins en cuir, il s’est assis en tailleur sous un kiosque du parc. «Notre objectif, c’est que l’armée française se retire du pays, purement et simplement. Vous êtes arrivés en 2013, nous vous remercions, mais maintenant c’est fini, nous n’avons plus besoin de vous.» L’activiste s’échauffe. Son plaidoyer est un condensé des critiques visant l’opération Barkhane qui inondent les réseaux sociaux maliens. Des thèses complotistes les plus farfelues aussi. «La France est capable de payer des rebelles pour affronter l’armée malienne, assène-t-il. Le supposé accident d’hélicoptères [qui a coûté la vie à 13 soldats français le 25 novembre, ndlr] est une manipulation.» Ou bien : «La Mission des Nations unies au Mali [Minusma] est une entreprise française.» Et le classique : «La France est là pour piller les ressources du pays.» Lesquelles ? Sourire entendu. «Notre sous-sol est très, très riche, mais on nous le cache.»

 

Colère populaire

Ces derniers mois, le GPM appelle à des manifestations de rue régulières contre la présence française. Il est rejoint par plusieurs autres associations et des orateurs anti-impérialistes, comme l’infatigable docteur Oumar Mariko, président du parti marxiste panafricaniste Sadi (2,3 % des voix à l’élection présidentielle). «La jeunesse bamakoise est sensible à ces discours, mais cela a peu d’écho dans le reste du pays parce que les populations y sont les premiers bénéficiaires des actions de Barkhane, nuance Boubacar Sangaré, de l’Institut d'études de sécurité. Ce n’est pas non plus nouveau : quelques mois après Serval, une fois l’euphorie retombée, des militants avaient déjà commencé à crier "A bas la France".»

Le 14 novembre, un live Facebook du chanteur le plus célèbre du Mali, Salif Keïta, s’adressant en bambara à son kôrô («grand frère») Ibrahim Boubacar Keïta, le Président, a alimenté la colère populaire contre l’opération Barkhane. «Tu sais pertinemment qu’il n’y a pas de jihadistes dans le nord du Mali, que la France engage des mercenaires pour tuer des Maliens, élucubre le musicien de 70 ans, bras croisés derrière une table de cuisine. Et malgré ça, tu continues de courir derrière ce Macron, un gamin comme ça ! A serrer cette main qui nous étrangle ?» Des propos « diffamatoires», a dénoncé l’ambassade de France au Mali. La vidéo a été visionnée près d’un million de fois.

Pour ne rien arranger, Paris a multiplié les erreurs de communication en direction du Sahel ces derniers mois. L’annonce par Florence Parly, sur la base de Gao le 5 novembre, du lancement de l’opération Takuba pour 2020 a ulcéré les souverainistes maliens. «La ministre française de la Défense vient déclarer elle-même sur notre sol que des commandos étrangers vont débarquer l’année prochaine [Takuba prévoit le déploiement de forces spéciales européennes en appui de l’armée malienne], s’agace Seydou Sidibé. Quel manque de respect pour les autorités maliennes !» Takuba signifie «sabre» en tamasheq, la langue des Touaregs. «Choisir un terme touareg, et un vocable guerrier qui plus est, qui résonne avec une grande violence pour nous a été une bêtise, juge l’imam Mahmoud Dicko, l’un des religieux les plus influents du pays. Mais il est trop facile de tomber sur les Français. Les problèmes des Maliens, ce sont d’abord les leurs.»

 

«Nous devons déchirer l’accord de paix d’Alger»

Le religieux, figure de proue de la mouvance salafiste quiétiste au Mali, a déjà prouvé par le passé sa capacité à mobiliser massivement. A la différence des marches organisées par les groupes patriotiques, qui comptent jusqu’à présent quelques centaines de personnes, ses meetings peuvent attirer des dizaines de milliers de Maliens. En juin, Mahmoud Dicko avait dénoncé à la tribune d’un de ces rassemblements «le processus de recolonisation de la France». Il modère aujourd’hui ses propos : «Il faut être responsable dans un moment comme celui-ci, convient-il. Nos dirigeants s’abritent derrière la présence française pour masquer leurs insuffisances. Le citoyen lambda, lui, a l’impression que le gouvernement est totalement passif.»

L’invitation lancée par Emmanuel Macron aux chefs d’Etat sahéliens à Pau, le 16 décembre, pour «qu’ils clarifient et formalisent leurs demandes à l’égard de la France et de la communauté internationale», a été vécue à Bamako, Ouagadougou ou Niamey comme une humiliation. «Souhaitent-ils notre présence et ont-ils besoin de nous ? Je veux des réponses claires et assumées sur ces questions», a insisté le président français. Après une attaque sans précédent contre un camp de l’armée nigérienne, le 10 décembre, au cours de laquelle 71 soldats ont été tués, le sommet franco-sahélien a finalement été reporté. «Ce n’est pas une invitation, c’est une convocation. Macron veut demander à ses homologues du G5 Sahel de museler leur peuple, mais il ne pourra pas nous empêcher de nous exprimer», s’indigne Ibrahima Tamaguidé Kébé, «commissaire principal» de l’association Faso Kanu, fondée en 2014, année du lancement de l’opération Barkhane.

Tous les mardis, l’activiste, qui aime citer Karl Marx et Modibo Keïta, le premier président du Mali indépendant, anime une émission politique sur une radio bamakoise. Il y dénonce «le complot néocolonial de Paris» et son «projet secret d’un Sahara français, qui date d’une loi de 1957 [l’Organisation commune des régions sahariennes, collectivité territoriale créée à cette époque, a été liquidée en mai 1963]», tout en rappelant, à l’instar du GPM, qu’il n’a rien contre «le peuple français, toujours le bienvenu ici».

Son discours, comme celui de nombreux jeunes Bamakois, repose essentiellement sur deux accusations. La première concerne Kidal, la ville du Nord aux mains des ex-rebelles touaregs depuis 2013. Une obsession pour les «patriotes». D’après eux, la France y protégerait les groupes armés touaregs, proches des jihadistes, et empêcherait le retour de l’Etat malien. Le péché originel de Paris remonte à l’opération Serval (2013-2014) : à l’époque, les militaires français s’étaient en effet appuyés sur le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), à dominante touareg, pour combattre les groupes islamistes dans la région.

«Enclave insupportable au sein du territoire national, Kidal est une brèche dans la souveraineté et une blessure dans le sentiment patriotique causé par la France qui a "trahi" en prenant fait et cause pour le MNLA», analyse un collectif de chercheurs dans une tribune sur les «discours et représentations sur la présence de la France dans un Mali en état d’urgence», parue au début du mois dans le Monde. «Je souhaite redire très clairement que Kidal, c’est le Mali et l’Etat malien», a ainsi dû une nouvelle fois rappeler Macron le 12 novembre. «C’est un comble : aujourd’hui, c’est pourtant nous qui supplions le gouvernement malien de revenir à Kidal, souffle un officier français. On n’attend que ça !»

Au-delà du symbole de Kidal, l’accord de paix d’Alger, signé en 2015 entre les groupes rebelles nordistes et les autorités, n’a jamais été véritablement accepté à Bamako. Il prévoit notamment une décentralisation accrue, renforce les pouvoirs de l’assemblée régionale et assure une «plus grande représentation des populations du Nord au sein des institutions nationales». «Ce papier a été ratifié sous pression de la communauté internationale. Il est dangereux, c’est la porte ouverte au séparatisme des régions du Nord voulu par les Français. Nous devons le déchirer», s’emporte Seydou Sidibé, du GPM.

 

Les soldats français ne partiront pas de sitôt

Le second argument des Maliens hostiles à l’opération Barkhane est, à leurs yeux, son inefficacité. «Les Français sont là depuis six ans et les jihadistes ont proliféré : ils sont maintenant à Mopti, à Bandiagara, à Djenné [des villes du centre du pays], il y a chaque année davantage de victimes civiles», rappelle le militant qui, au lieu d’en conclure à l’échec ou aux limites de l’opération militaire française, va jusqu’à prétendre que «Barkhane protège les terroristes, les rebelles et les bandits». Seydou Sidibé avoue qu’il n’a pas la moindre «preuve» de ce qu’il avance mais, dit-il, «au Rwanda, l’implication de la France n’a été démontrée que des années après le génocide»… Ibrahima Tamaguidé Kébé abonde : «Les 4 500 soldats suréquipés et bien entraînés de Barkhane, avec leurs satellites et leurs moyens aériens, secondés par les 13 000 Casques bleus de la Minusma, ne peuvent pas venir à bout de quelques centaines de jihadistes depuis six ans ? Ça pose tout de même question.»

De l’avis de tous les militaires interrogés - français, maliens ou onusiens -, un retrait unilatéral de Barkhane aurait pourtant pour conséquence une progression immédiate et massive des groupes islamistes armés sur le terrain. L’armée malienne seule n’est pas en mesure de contenir leurs offensives. Aujourd’hui cantonnés à la brousse, ils pourraient rapidement s’emparer de centres urbains. L’Elysée le sait, Koulouba le sait aussi. Les soldats français ne partiront pas de sitôt du Mali. Condamnés à rester, sans doute, mais aussi à être de plus en plus critiqués. Barkhane sait se défendre contre les jihadistes. Contre les attaques politiques et médiatiques, en revanche, il n’est pas sûr qu’elle remporte le combat.

Une embuscade contre un convoi transportant des employés de la société minière canadienne Semafo dans l'est du Burkina Faso a fait, mercredi, au moins 37 morts et 60 blessés, a annoncé le gouverneur de la région, le colonel Saidou Sanou.

L'attaque d'un convoi d'autocars de la compagnie minière canadienne Semafo, dans l'est du Burkina Faso, a fait au moins 37 morts et 60 blessés, a-t-on appris, mercredi 6 novembre, auprès des autorités locales.

L'attaque a été perpétrée "dans la matinée" par "des individus armés non identifiés", selon le communiqué du gouverneur de la région de l'Est, le colonel Saidou Sanou. Elle s'est produite sur la route reliant les sites miniers de Fada et de Boungou, à une quarantaine de kilomètres du second, avait auparavant indiqué la société minière canadienne Semafo dans un communiqué. Cinq bus transportant du personnel, des entrepreneurs et des fournisseurs liés à la compagnie minière, qui étaient escortés par des militaires, ont été visés.

Semafo présente ses condoléances "aux familles des victimes" et exprime "son soutien résolu aux forces de sécurité du Burkina Faso", a déclaré l'entreprise dans le communiqué.

 

Plus de 600 morts depuis 2015 dans les attaques jihadistes au Burkina Faso

Ce producteur aurifère canadien, basé à Montréal, possède deux exploitations au Burkina Faso, la mine Boungou dans l'Est et celle de Mana dans l'ouest du pays. L'entreprise avait déjà subi deux attaques similaires en août 2018.

Le Burkina Faso est pris depuis près de cinq ans dans une spirale de violences attribuées à des mouvements jihadistes, certains affiliés à Al-Qaïda et d'autres à l'organisation État islamique.

Depuis début 2015, les attaques jihadistes, de plus en plus fréquentes et meurtrières, en particulier dans le Nord et l'Est, ont fait près de 649 morts selon un comptage de l'AFP et environ 500 000 déplacés internes et réfugiés, selon l'ONU.

Avec AFP et Reuters

Un mois à peine après la mort de 40 soldats à Boulkessy et Mondoro, la position des Famas à Indelimane, dans la région de Ménaka, a été la cible d’une attaque, le vendredi 1er novembre. De sources militaires, les terroristes ont mené un assaut-surprise à l’heure du déjeuner. Ce sont des obus qui ont dans un premier temps été projetés par les assaillants avant que par petites grappes, certains à motos et tous armés, ne convergent vers le camp militaire. L’opération a été d’ailleurs immortalisée par une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux où l’on voit les assaillants se délecter de leur triomphe sur les ruines du camp entre les barbelés et les tentes désertés par les FAMas.

Côté bilan, on déplore au moins 53 soldats et un civil tués, des blessés et des dégâts matériels constatés, selon un communiqué du gouvernement, après que l’armée malienne avait précédemment livré un décompte provisoire de 15 morts qu’elle a ensuite revu à la hausse jusqu’à 35 victimes. Plus tard dans la soirée, Yaya Sangaré, le ministre de la Communication, fera état de 54 morts, dont un civil. Le porte-parole du gouvernement ajoutera par la même occasion de nombreux blessés et des dégâts matériels importants du côté des forces de défense et de sécuritaire. Et d’ajouter la récupération d’une dizaine de rescapés pendant le ratissage se poursuit dans la zone, pendant que les renforts envoyés sur place pénétraient le camp pour contrôler la situation à nouveau. Le Gouvernement, par la voix de son porte-parole a appelé par ailleurs à l’union sacrée pour réussir «la guerre pour la liberté ».

Dans un communiqué signé “Province Afrique de l’Ouest” et publié sur ses chaînes Telegram, le groupe Etat Islamique a revendiqué l’attaque de vendredi contre les soldats maliens. «Des soldats du califat ont attaqué une base militaire où sont stationnés des éléments de l’armée malienne, dans le village d’Indelimane, dans la région de Ménaka. »

Dans un communiqué, la mission Onusiène au Mali (Minusma) après avoir réaffirmé sa détermination à œuvrer conformément à son mandat, aux côtés des autorités et du peuple maliens, pour le retour définitif de la paix, a condamné très fermement l’attaque terroriste et affirme que « des opérations de sécurisation sont en cours dans la région avec l’appui de Casques bleus».

L’épisode dramatique de Indélimane, un camp jugé difficilement prenable par sa position stratégique, suscite des interrogations d’autant plus logiques qu’il intervient pendant que les Maliens se remettaient à peine des tragédies de Boulkessy et Moundoro où les proportions de pertes essuyées par l’armée aux dépens de ses Bérets Rouge ont suscité de redoutables remous dans les casernes. À Mopti notamment où les femmes de militaires se sont violemment opposées au redéploiement de leurs époux au front, puis à Bamako où le passage du chef de l’Etat a été obstrué par les habitants du 33è Régiment. Lesdits mouvements sont restés sans conséquences que les coups de gueule en conseil des Ministres alors que des revers moins flétrissants avaient par le passé inspiré aux hautes des mesures des bouleversements plus spectaculaires dans la hiérarchie militaire. Doit-on en déduire que les récentes évolutions ont fini par altérer la perception des pouvoirs sur les tenants des déroutes dramatiques de l’armée ? En tout cas, en réagissant aux épisodes de Boulkessy et de Moundoro, le chef suprême des armées affichait déjà une approche beaucoup moins subjective de la situation en admettant notamment que le phénomène pouvait se reproduire. « Je ne suis pas un oiseau de mauvais augure mais nous sommes en guerre, je l’ai dis, nous sommes en guerre. Ça veut dire que ce qui s’est passé à Boulkessi pourrait malheureusement survenir encore ». Sauf que le peuple quoique pétrifié et tétanisé devant la spirale n’en attend pas moins une solution qui soit moins ravageuse que les pertes d’hommes par centaines et la dilapidation par la même occasion des énormes investissements qui faisaient jusque-là la fierté des autorités dans le domaine de la défense nationale.

Amidou KEITA

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